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Final Fantasy VII : un remake historique

Peut-on considérer le remake de Final Fantasy VII comme l’une des plus grandes réalisations de l’histoire du jeu vidéo ? La question mérite d’être étudiée, alors que cette production hors-normes est sous les feux de l’actualité. Lors de l’édition 2026 du Summer Game Fest, le grand événement vidéoludique estival qui a remplacé l’E3, Square Enix a en effet annoncé la sortie de Final Fantasy VII Revelation, le troisième et ultime volet de ce projet de remake, pour le printemps 2027. Exactement l’année du 30ème anniversaire du titre original. De son côté, Final Fantasy VII Rebirth, la seconde partie, est disponible depuis le 3 juin 2026 sur Xbox Series et Switch 2. Et si, l’air de rien, en réécrivant sa légende, Final Fantasy VII redéfinissait tout simplement un pan de l’industrie ?

FINAL FANTASY VII REMAKE INTERGRADE © SQUARE ENIX

Aux origines du projet

C’est l’histoire d’un projet titanesque, le rêve un peu fou que n’osaient imaginer les passionnés. Il faut revenir en mai 2005 pour comprendre les enjeux. A cette époque, à l’E3, la grand-messe du jeu vidéo qui se tient à Los Angeles, Square Enix dévoile une démo technique de Final Fantasy VII sur PS3, dans le but de démontrer la puissance de la console de Sony. Le rendu graphique, très proche du film d’animation Final Fantasy VII : Advent Children, impressionne. Et il n’en faut pas plus pour que tous les amoureux du titre fantasment sur un possible remake. On en est pourtant encore loin.

Comme me le racontait le producteur Yoshinori Kitase en 2020, lorsque je réalisais son interview en vue d’un sujet pour Game One, personne de chez Square Enix n’avait l’idée d’un remake de Final Fantasy VII en 2005. Ce n’est que bien plus tard qu’elle ressurgira, en 2009, à la faveur d’un événement inattendu. Yoshinori Kitase m’expliquait que lors du Press Tour de Final Fantasy XIII, tous les fans et tous les médias demandaient sans cesse : « Quand le remake de FF VII sort-il ? ». Le producteur prit alors conscience d’une réalité : Final Fantasy VII a marqué les esprits et les personnages de Cloud et Sephiroth sont notamment restés très populaires. Toutefois, Yoshinori Kitase me le confessait volontiers, le seul moyen pour un jeune public de découvrir l’œuvre était jusqu’ici de jouer au titre original avec les graphismes d’époque. Ainsi naquit le désir de proposer aux anciens comme aux nouveaux joueurs un Final Fantasy VII proche de la qualité graphique d’Advent Children.

Six ans d’attente supplémentaires seront toutefois nécessaires avant que le projet d’un remake soit officialisé. C’est Sony qui l’annoncera lors de sa conférence à l’E3 en 2015. Il faudra patienter encore cinq années pour découvrir la première partie du projet : Final Fantasy VII Remake sort le 10 avril 2020.

FINAL FANTASY VII REMAKE INTERGRADE © SQUARE ENIX

Les enjeux d’un remake

J’ai rencontré par deux fois Yoshinori Kitase et Naoki Hamaguchi, respectivement le producteur et le réalisateur du remake de Final Fantasy VII. Lors des longs entretiens qu’ils m’ont accordés, dans le cadre de mon travail pour Game One, j’ai pu saisir toute la complexité du projet.

Rappelons que Final Fantasy VII est un monument du RPG, un classique, qui pour beaucoup reste sans égal. L’histoire, riche et sombre, fascine. Elle met en scène, dans un décor de SF, la lutte d’un groupe d’éco-terroristes contre une compagnie qui exploite sans scrupules les ressources de la planète. Les considérations écologiques, qui résonnent plus que jamais avec notre époque, sont parmi les éléments les plus saisissants de ce drame épique tout autant qu’humain. Un autre aspect marquant est évidemment la trajectoire des personnages, dont les tourments et les sacrifices ne laissent pas indifférents. Sans parler de la tragédie d’une certaine marchande de fleurs qui en a bouleversé plus d’un depuis 1997 et la sortie du titre original. La qualité des cinématiques à l’époque, la puissance des musiques et un gameplay  captivant fondé sur l’association de matérias, des objets qui permettent d’acquérir des capacités diverses, sont les autres atouts d’un jeu qui est devenu culte.

FINAL FANTASY VII REBIRTH © SQUARE ENIX

On comprend dès lors le défi de vouloir produire un remake de Final Fantasy VII. En 2020, le réalisateur Naoki Hamaguchi m’exposait ainsi la délicate problématique, je cite : « Nous avons voulu proposer aux fans les éléments clefs de Final Fantasy VII, dont ils se souviennent avec nostalgie. Il fallait donc inclure l’histoire, les personnages, des aspects uniques comme les materias, le système de combat et les mini-jeux. Nous avons voulu garder tout cela en le modernisant. 20 ans plus tard, avec ce qu’il est possible de faire avec la technologie d’aujourd’hui, nous avons voulu présenter l’expérience d’origine, l’esprit du jeu, sous une forme jouable à notre époque. »

On mesure donc bien l’ambition : il s’agit proprement de recréer Final Fantasy VII. Le résultat le prouve : l’esthétique, le gameplay et même l’histoire ont été retravaillés. Le travail des développeurs tient plus à ce stade de la réinterprétation.

L’énormité du projet est telle qu’elle explique la division du jeu en trois parties. En 2020, le producteur Yoshinori Kitase m’avouait que ce choix avait été fait pour éviter de sacrifier du contenu et ne pas avoir à présenter une version appauvrie de Final Fantasy VII. Le titre devait être à la hauteur des attentes et exploiter pleinement les technologies contemporaines.

FINAL FANTASY VII REBIRTH © SQUARE ENIX

Final Fantasy VII Remake

L’évolution des techniques permet de développer l’univers de Final Fantasy VII, de lui donner plus de corps ; mieux : de le présenter sous un autre éclairage. Et ce, en respectant son architecture première.

En 2024, le réalisateur Naoki Hamaguchi m’expliquait ainsi la chose, je cite : « La technologie nous permet désormais d’exprimer et de mettre en scène des choses qui étaient impossibles avec les limitations de l’époque. J’ai moi-même été un joueur de FF VII à sa sortie, à la fin des années 90. En creusant des points qui n’ont pas été approfondis dans l’original, on ne trahit pas l’univers préexistant, mais on offre tout de même au joueur un sentiment de nouveauté et le plaisir de la découverte. (…) Par exemple, dans l’original, on ne voit pas la ville haute qui nous surplombe lorsque l’on est dans les bidonvilles de Midgar. Dans « Final Fantasy VII Remake », en levant les yeux, on peut voir ce toit écrasant et mieux comprendre la construction et l’organisation de la ville ».

FINAL FANTASY VII REMAKE INTERGRADE © SQUARE ENIX

Le monde s’étoffe. La ville de Midgar, décor du premier volet du remake de Final Fantasy VII, prend de l’ampleur. Elle est passée de quelques zones urbaines à des quartiers entiers, qui resplendissent d’une nouvelle vie et regorgent de missions. Le contexte et les personnages gagnent en consistance.

Ce début d’aventure reste toutefois dirigiste. De l’aveu même du réalisateur Naoki Hamaguchi,  l’objectif de ce premier épisode est de se concentrer sur l’histoire et sa progression. Sur ce point, il faut souligner l’audace des développeurs qui n’hésitent pas à modifier certains détails du scénario original, en vue de créer la surprise. Comme me le disait Naoki Hamaguchi en 2024, l’intérêt de modifier l’histoire de base, c’est de susciter la curiosité des anciens joueurs, de, je cite : « créer un sentiment positif d’inattendu et d’incertitude ». De son côté, le nouveau public ne verra pas de différence mais pourra apprécier une œuvre dont la direction artistique, déjà brillante en 1997, est ici magnifiée par la technologie. Si certains détails sont grossiers, l’ensemble est néanmoins époustouflant, notamment avec des visions grandioses. Côté musique, certains choix de compositions pourront paraître mal venus. Heureusement, les morceaux iconiques sont bien là, réorchestrés magistralement.

FINAL FANTASY VII REMAKE INTERGRADE © SQUARE ENIX

Final Fantasy VII Remake est un savant équilibre entre « deux aspirations presque contradictoires », pour reprendre les mots du producteur Yoshinori Kitase, qui ajoutait, durant mon interview de 2024, de choisir judicieusement entre, je cite : « fidélité à l’original et prise de liberté ».

Le gameplay procède de ce même credo. Le système de combat hybride s’oriente vers l’action, il est dynamique et en même temps riche de possibilités, avec des stratégies variées fondées sur les matérias.

Final Fantasy VII Remake lance superbement le projet de modernisation du jeu culte. Ce n’est pourtant qu’un début. La proposition va encore se consolider par la suite.

FINAL FANTASY VII REBIRTH © SQUARE ENIX

Final Fantasy VII Rebirth

Débuté en 2020, le remake de Final Fantasy VII se poursuit avec un second épisode en 2024, intitulé Rebirth. Un choix de titre qui n’est pas anodin, puisqu’il s’agit bien d’une renaissance du jeu culte sorti en 1997.

Tout en s’inscrivant dans la continuité de son prédécesseur, Final Fantasy Rebirth va plus loin dans la réinvention de l’expérience. A commencer par l’expansion du décor. Cette fois, on sort de Midgar pour explorer un vaste monde rempli de quêtes et ce, librement. Le réalisateur Naoki Hamaguchi avait bien insisté sur ce point lors de mon interview en 2024, je cite : « Le joueur a désormais le choix, il peut décider de se rendre à un endroit pour continuer directement la trame de l’histoire principale ou aller visiter un autre lieu qu’il croisera sur son chemin ». Final Fantasy Rebirth n’est évidemment pas un MMORPG mais il donne un bon sentiment de liberté, il permet de changer de le rythme de l’aventure, ce qui est l’objectif. Naoki Hamaguchi le confirme : « Le fait de laisser la liberté au joueur de choisir s’il veut ou non continuer directement l’histoire permet de lui donner le sentiment qu’il est davantage maître de ses actions et de ses choix, et que son avancée ne lui est pas imposée par le jeu ».

L’histoire s’enrichit, elle se complexifie, elle est plus longue que dans l’épisode précédent. Les personnages évoluent, leur psychologie s’épaissit. L’aventure prend une tournure épique, avec des panoramas grandioses et, évidemment, un grand nombre de combats spectaculaires ; ces derniers s’agrémentant de nouveautés, notamment les attaques combinées, qui ajoutent de la cohérence et de la profondeur.

FINAL FANTASY VII REBIRTH © SQUARE ENIX

Ainsi Naoki Hamaguchi m’expliquait, je cite : « Nous voulions bien entendu susciter la curiosité et l’attente à travers l’histoire. Pour ce faire, nous avons essayé d’approfondir les liens qui unissent les personnages au fil de l’aventure et la manière dont ceux-ci sont mis en scène. Nous souhaitions également essayer de montrer cela à travers les combats, pour que ces liens ne soient pas uniquement mis en avant par les dialogues, mais aussi à tous les niveaux du jeu. Tous les éléments convergent ainsi vers un même but, ce qui est selon moi bien plus intéressant. Donc, par rapport à “Remake”, le nouveau système de combat apporte une plus grande synergie avec l’histoire. Nous ne voulions pas que les combats soit un élément à part du jeu, mais qu’ils exercent une influence sur la manière de ressentir l’histoire ».

FINAL FANTASY VII REBIRTH © SQUARE ENIX

Les personnages s’allient lors de puissantes combinaisons, mais ils demeurent uniques dans leur approche individuelle de l’affrontement. Là encore un équilibre délicat à atteindre, compte tenu également du fait que le casting augmente. Naoki Hamaguchi me résumait ainsi la problématique, je cite : « Nous avons conservé les spécificités de Cloud, Tifa ou Aerith. Toutefois, introduire RED XIII ou Caith Sith, tout en réussissant à les rendre originaux, a été un défi. D’autant que tous les personnages avaient déjà des singularités que nous pouvions approfondir. Il y a par exemple cette notion de chance dans le gameplay de Cait Sith. Red XIII combat quant à lui au corps-à-corps, mais si nous en avions fait un personnage uniquement de corps-à-corps, il aurait été trop similaire à Cloud. Nous lui avons donc ajouté des éléments de « Tank » et c’est en accentuant l’aspect défensif du personnage que nous avons pu le rendre unique. C’est donc ce genre de points auxquels nous avons réfléchi, et je suis content du résultat final, mais le prochain épisode accueillera encore un nouveau personnage avec Vincent, et nous devrons alors de nouveau nous creuser la tête ! »

FINAL FANTASY VII REVELATION © SQUARE ENIX

Final Fantasy VII Revelation

C’était annoncé depuis 2020. Le projet de remake de Final Fantasy VII serait une trilogie. Restait à savoir quand elle se conclurait. Depuis 2026, on le sait. L’ultime volet sortira au printemps 2027. Son nom : Final Fantasy VII Revelation. Quoi d’autre ? Que faut-il en attendre ? Certainement un final grandiose qui inscrira cette production inédite dans la légende. Lors de la sortie de Rebirth, le réalisateur Naoki Hamaguchi me présentait le troisième épisode comme, je cite : « le point d’orgue de la trilogie ».

FINAL FANTASY VII REVELATION © SQUARE ENIX

La bande-annonce diffusée par Square Enix au Summer Game Fest 2026 le montre, les premières informations officielles le confirment, le monde s’étend, il prend une nouvelle ampleur, toujours plus impressionnante. Selon le communiqué de presse, je cite : « La planète peut être explorée librement avec le légendaire aéronef, Highwind. La possibilité de sauter en parachute n’importe où, permettra de passer des airs au sol en un clin d’œil ».

FINAL FANTASY VII REVELATION © SQUARE ENIX

De son côté, l’histoire entre dans son ultime phase. Le monde est au bord de l’anéantissement. C’est la fin du parcours pour des héros qui devront réaliser des choix cruciaux et combattre férocement pour arrêter Météore, l’ultime magie destructrice, en passe de détruire la planète.

FINAL FANTASY VII REVELATION © SQUARE ENIX

Le gameplay est peaufiné. Le système de combat hybride est perfectionné, pour accueillir les nouveaux personnages jouables. Des compétences inédites font leur apparition. Et le mélange de temps réel et de sélection au tour par tour des tactiques promet encore de grands affrontements, riches, variés et dynamiques.

FINAL FANTASY VII REVELATION © SQUARE ENIX

On en découvrira évidemment plus au fur et à mesure d’ici la sortie du jeu. Une chose est toutefois et d’ores et déjà certaine : le projet de remake de Final Fantasy VII est un marqueur de l’industrie et cette trilogie fera date. Les anciens auront pu revivre leurs émotions passées et un nouveau public aura pu accéder à ce jeu culte, comme jamais auparavant.

Ainsi le souhait de Naoki Hamaguchi aura été comblé. En 2024, ile réalisateur me confiait avec émotion, je cite : « Dans le futur, il y aura d’autres remakes d’anciens jeux cultes, et je serai très fier si les équipes de développement s’inspirent de notre remake de FF7 en le considérant comme un exemple de réinvention réussie d’un titre passé ».

C’est sans doute cela la véritable performance du remake de Final Fantasy VII : écrire l’histoire du jeu vidéo en en conservant l’une des œuvres les plus emblématiques de son patrimoine.

Je tiens à remercier Square Enix de m’avoir permis de conduire les interviews de Yoshinori Kitase et Naoki Hamaguchi, en 2020 et 2024, dans le cadre de mon travail pour Game One. 

Mes remerciements vont également à Thomas Michaut pour la révision de la traduction des propos tenus en japonais.

Alexis Deville Cavellin

Né la même année que le blockbuster, enfant dans les années 80, j'ai vécu l'émergence des jeux vidéo et des jeux de rôles en France, des divertissements qui ont façonné ma vie et ma carrière professionnelle. S'ajoute à cela un goût prononcé pour le cinéma, la littérature et la bande dessinée (BD franco-belge, mangas, comics). Pendant 25 ans, de 2000 à 2025, j'ai été journaliste et rédacteur en chef dans l'audiovisuel, ayant la charge d'émissions diverses et ayant produit des contenus variés pour les chaînes de télévision Game One, J-One et Paramount.

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