
James Bond au 21ème siècle
Après GoldenEye, il faut compter avec de nouvelles adaptations de l’univers de James Bond à la qualité variable et aux résultats parfois insipides. La barre a-t-elle été placée trop haute par le passé ? L’agent secret est-il dépassé, comme le laisse présager l’essoufflement de la franchise en ce début de millénaire, avec un Pierce Brosnan en bout de course ?
Demain ne meurt jamais : une expérience pas impérissable
Le succès de GoldenEye laissait prévoir un bel avenir vidéoludique à James Bond. En 1999, c’est au tour d’Electronic Arts d’obtenir les droits de la franchise et de s’essayer au jeu de l’adaptation. L’éditeur confie le projet au studio Black Ops Entertainment.
Deux ans après la sortie du film éponyme, Demain ne meurt jamais arrive sur PlayStation. Le jeu en reprend intégralement le scénario du long-métrage : James Bond tente de déjouer le plan machiavélique du magnat de la presse Elliott Carver, qui cherche à déclencher un conflit entre la Chine et la Grande Bretagne.
Fini le FPS, on passe à la troisième personne pour un jeu d’action qui mélange du tir, de la conduite de voiture, de l’utilisation de gadgets et… du ski ! Un cocktail qui remue plus à l’écran qu’il ne laisse le joueur vraiment secoué au final.
Dans l’idée, il y avait tout pour plaire : un bel arsenal, des gadgets, des séquences d’action variées, un respect du film. Malheureusement, l’animation poussive, des bugs graphiques et une visée chaotique plombent l’expérience. Et il n’y a pas de mode multjoueur.
Le Monde ne Suffit Pas : un Bond pas déplaisant
En 2000, Electronic Arts persiste et signe. Cette fois, avec succès.
Le Monde ne Suffit Pas adapte le film du même nom sur PlayStation et N64. La vue à la première personne est de retour, ainsi que l’infiltration et un mode multijoueur sur N64.
James Bond doit enquêter sur la mort de 009 et combattre une organisation terroriste. Pour ce faire, l’espion est doté d’un arsenal assez confortable, ainsi que de gadgets. Il peut aborder les situations frontalement ou discrètement. Les interactions avec l’environnement sont nombreuses, même si elles posent des problèmes.
De son côté, le tir est plutôt satisfaisant, avec un système de visée assez bien géré. Les graphismes, quant à eux, sont corrects, malgré quelques détails peu soignés. En revanche, la présence de nombreuses cinématiques ajoutent un vrai côté cinématographique à l’aventure.
Somme toute, Le Monde ne Suffit Pas s’avère à l’époque une expérience ludique plaisante, bien plus satisfaisante sur N64, puisque cette console seule profite du mode multijoueur.
007 Racing : sortie de route pour James Bond
Toujours en 2000, Electronic Arts a l’idée de faire des voitures de l’univers James Bond les stars d’un jeu. Une idée excitante en théorie ; en pratique, l’amusement n’est pas au rendez-vous. 007 Racing a beau vous mettre au volant d’engins bourrés de gadgets, le rendu visuel et la maniabilité laisse à désirer. L’expérience n’est pas à la hauteur de la proposition.
Espion pour cible : un 007 qui vise juste mais accuse son âge
Les années 2000 marquent l’arrivée de la PS2. Et avec elle s’ouvre un nouveau monde plus cinématographique. James Bond va en profiter. La preuve, avec Espion pour cible, qui sort en 2001.
On appréciera tout d’abord le fait que le titre ne soit tiré d’aucun film : l’histoire est inédite. Cela dit, elle ne surprendra personne. Il faut respecter les codes de la franchise : un grand méchant qui veut dominer le monde, des gadgets pour l’en en empêcher et de belles femmes pour épicer le tout. Rien de mémorable.
Visuellement, on sent qu’on entre dans une nouvelle ère avec une 3D qui en jette, à l’époque évidemment. Les animations sont également plus fluides. Et les cinématiques nombreuses et de qualité.
Côté gameplay, là encore pas de surprise, mais la satisfaction de retrouver une formule solide, qui lorgne vers GoldenEye dans ses séquences de tir à la première personne. A cela, il faut ajouter de la conduite et une utilisation plutôt astucieuse des gadgets. La réalisation est dynamique, la maniabilité est soignée, l’action est soutenue ; seule la petite durée de vie est à regretter. Mais un mode multijoueur est là pour étendre le plaisir.
Espion pour cible n’est pas un sans-faute mais il est remarquable et rencontrera d’ailleurs un franc succès avec 5 millions de copies vendues. Mais face à Halo et Medal of Honor, James Bond commence à paraître âgé…
Nightfire : tout feu tout flamme pour James Bond
Un an plus tard, en 2002 donc, Electronic Arts poursuit sa cadence, avec une nouvelle adaptation, Nightfire.
Là encore, on a le droit à un scénario original qui respecte néanmoins l’univers de James Bond. Un homme d’affaires véreux, un plan de destruction du monde, une arme secrète pour y parvenir : tous les clichés y sont. En fait, le titre est un mélange des idées les plus marquantes de cet imaginaire bondien.
On pourrait regretter de ne pas avoir affaire à une adaptation de Meurt un autre jour, le dernier James Bond avec Pierce Brosnan, qui sort au même moment. Quand on y réfléchit, peut-être est-ce pour le mieux, vu la qualité du film. En s’affranchissant de ce dernier, les développeurs s’ouvrent une voie royale pour tirer mieux profit de la franchise. Et au final, Nightfire deviendra l’un des titres favoris du public.
S’il n’éclipse pas GoldenEye, le titre parvient à délivrer une expérience vidéoludique et cinématographique solide des aventures de James Bond. Action, infiltration, gadgets high-tech, conduite de véhicule, incluant de la motoneige, le tout envolé par le charme particulier d’un Pierce Brosnan joliment modélisé : rien ne manque à la formule pour faire de Nightfire une réussite. Même pas un mode multjoueur très apprécié.
Certains critiques ne voient à la sortie de Nightfire qu’une pâle copie d’Espion pour cible. Certes, les nouveautés n’abondent pas, tout est assez classique, mais l’ensemble est efficace. Seule la version PC, moins soignée, est vraiment critiquable.
Reste qu’à l’époque, la concurrence s’intensifie.
Quitte ou Double : James Bond rafle la mise
En 2003 sort un certain Call of Duty. Un jeu de tir qui va redéfinir le genre ; et pour longtemps.
Afin de s’adapter, Electronic Arts répond en 2004 avec Quitte ou Double. Un titre qui lui aussi, d’un certain point de vue, va tout changer.
Fini la vue à la première personne, on passe à la troisième. Ce qui permet d’apprécier au passage la présence complète de Pierce Brosnan, qui apparaît donc de pied en cap et au doublage. D’autres talents du cinéma sont également modélisés et assurent leur doublage, John Cleese, Judi Dench, Willem Defoe, donnant à ce titre un cachet 7ème art très fort. Du reste, on s’imagine aisément face à un film James Bond.
Le spectacle est donc assuré et il s’accompagne d’un gameplay de qualité. Le choix du TPS, en remplacement du FPS, ouvre de nouvelles options de combat. En plus de ses armes classiques, James peut à présent utiliser ses pieds et ses poings pour un corps-à-corps brutal.
L’action prédomine, même d’il faut parfois se faire discret. La variété des séquences est appréciable : tir, infiltration, course-poursuite en voiture, en moto, en hélicoptère ; c’est peu dire que ce Quitte ou Double est une aventure excitante menée tambour battant.
Certains fans de 007 considèrent encore aujourd’hui qu’Electronic Arts a produit là son meilleur James Bond.
GoldenEye – Au Service du Mal : James Bond sans James Bond
Etonnamment, la même année, Electronic Arts va également produire le pire. 2004, c’est aussi la sortie de GoldenEye : Au Service du Mal. Un jeu qui n’a rien à voir avec GoldenEye, le film ou le jeu. Il ne s’agit même pas de jouer James Bond !
Et pour cause ! Electronic Arts ne manque pas d’audace et faire mourir l’agent dès le début de l’histoire. Et le joueur ne lui succèdera pas. Au contraire, il va se mettre au service du méchant Goldfinger.
Alors, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas chercher à dominer le monde, plutôt que le sauver ? Sauf que la proposition n’est pas tenue. Le titre n’est pas immoral, l’histoire se réduit à l’affrontement entre Goldfinger et Dr No ; et le joueur, au milieu, passe à l’action. Sauf qu’elle manque de rythme, malgré des interactions avec le décor. L’arsenal est varié mais basique. Hormis le fameux GoldenEye, un œil en or greffé à votre personnage et qui lui donne des pouvoirs…
L’ensemble peine à convaincre et la confusion entre le titre du jeu – ce qu’on pouvait (devait ?) en attendre – et la réalisation à terme, déçoit.
Bons Baisers de Russie : jamais, plus jamais ?
Bons Baisers de Russie est un cas à part dans ce long dossier. D’abord, parce que la seconde aventure cinématographique de l’agent britannique est la préférée de l’auteur de ces lignes. Ensuite, parce que James Bond y est incarné par Sean Connery, le modèle iconique du personnage. Enfin, parce que l’acteur écossais reprend bel et bien son rôle mythique dans cette adaptation vidéoludique.
Bons Baisers de Russie est le dernier James Bond produit par Electronic Arts. En 2005, l’éditeur fait un le choix surprenant d’adapter un classique de la saga et de s’offrir les services de Sean Connery, qui assure le doublage en V.O. de son alter-ego de pixel, modélisé avec soin.
Alors oui, avouons-le : Sean Connery est l’argument choc de ce titre. Incarner le James Bond originel ajoute un cachet inimitable, un charme rétro incroyable. On ne joue pas juste à un James Bond, on joue James Bond. On ne vit plus simplement une aventure d’espionnage, on enfile le costume mythique de l’espion le plus iconique.
Passé cet effet saisissant, il faut reconnaître que le titre laisse un sentiment mitigé. Les points positifs ne manquent pas. EA ne s’est pas contenté de copier-coller le film de 1963. Bons Baisers de Russie suit la formule gagnante de Quitte ou Double. De nouvelles séquences d’action ont été ajoutées, des gadgets et des véhicules iconiques sont à disposition. Quant au scénario, il est évidemment solide. L’élégance de Bons Baisers de Russie est toutefois ternie par un gameplay daté face à la concurrence. L’ensemble manque de finition.
Reste un James Bond efficace et vraiment séduisant. L’accueil du public et de la critique sera toutefois assez partagé à l’époque ; et les ventes seront faibles. Une page se tourne.
Quantum of Solace : Bond et l’appel du devoir
En 2008, c’est au tour d’Activision d’entrer en jeu. Le studio à l’origine de Call of Duty parait évidemment tout indiqué pour moderniser James Bond.
C’est l’équipe de développement derrière Call of Duty 4 qui se charge de produire Quantum of Solace. Le résultat navigue entre le jeu de tir en vue subjective et le jeu d’action à la troisième personne. Un mélange intéressant qui a le mérite de briser quelques schémas. Le tir est nerveux, les armes variées, on peut rester à distance ou aller au contact, façon Jason Bourne.
Cet ensemble a priori solide et attrayant donne en pratique une expérience peu convaincante. Combiner les films Casino Royale et Quantum of Solace rend l’histoire dense et confuse. Et face à Call of Duty 4, le jeu est moins impressionnant.
Blood Stone : un Bond à pleurer du sang
En 2010 parait Blood Stone, une histoire originale avec Daniel Craig et Judi Dench. C’est ce dont on se souviendra. Le reste n’étant pas mémorable. C’est un titre moyen, un jeu de tir générique et pas à la hauteur du mythe James Bond. Quelques séquences de conduite viennent toutefois rehausser la proposition, mais elles ne sauvent pas l’ensemble.
Les ventes seront basses et Bizarre Creations, le studio à l’origine du titre, fermera.
GoldenEye – Reloaded : opération remake
« Un autre GoldenEye !? » Sans le ton de l’immense acteur Tchéky Karyo, cette phrase perd de l’effet. Mais l’intention demeure. Décidément, on n’en finira pas avec la référence GoldenEye.
Toujours en 2010, Activision décide de redorer le blason de James Bond en proposant tout simplement un remake du jeu N64 d’origine. Une modernisation osée qui s’accompagne d’une autre audace : remplacer Pierce Brosnan par Daniel Craig. Une trahison pour certains.
La version Wii, qui sort en premier, est pourtant favorablement accueillie. Et ce n’est pas que la nostalgie qui joue ici. L’ensemble est bien retravaillé et le contrôle à la Wiimote plutôt plaisant.
Pour son passage sur Xbox 360 et PS3, les consoles HD de l’époque, le jeu est rebaptisé GoldenEye 007 : Reloaded. Avec cette transposition, l’expérience y perd, se rapprochant de celle d’un FPS classique.
007 Legends : pas si légendaire
En 2012, James Bond fête ses 50 ans d’existence au cinéma. Sur grand écran, on a le droit à l’excellent Skyfall, certainement le film de la franchise à l’esthétique la plus léchée. En jeu vidéo, on n’est pas aussi gâté.
007 Legends propose de rejouer une mission de James Bond issue de six films de la saga : Goldfinger, Au service secret de Sa Majesté, Moonraker, Permis de tuer, Meurs un autre jour et Skyfall.
L’idée aurait pu être intéressante : elle aurait permis de rendre hommage à chaque acteur qui a incarné l’agent secret : Sean Connery, George Lazenby, Roger Moore, Timothy Dalton, Pierce Brosnan. Sauf qu’à l’écran, il n’y a que Daniel Craig modélisé… On voudrait bien dire que c’est de l’humour so british ; qu’on nous pardonne cette familiarité, on préfère y voir un foutage de gueule.
Décevant, le résultat est aussi incohérent, l’ensemble n’étant lié par aucune histoire. Les graphismes sont de faible qualité, la jouabilité laisse à désirer, l’aventure manque de dynamise : le jeu semble tout simplement bâclé.
007 Legends est peut-être le pire jeu vidéo James Bond. Avoir 50 ans, ce n’est pas toujours la joie – l’auteur de ces lignes vous le dit, il les a au moment de l’écriture de ce texte !
James Bond ne meurt jamais
Il aura fallu attendre 14 ans – une éternité dans l’industrie – pour que James Bond revienne en jeu vidéo. En 2026 arrive First Light. Une origin story qui compte donc faire la lumière sur les débuts de l’agent britannique. Lequel s’offre au passage un sacré coup de jeune, avec un petit air de Nathan Drake version Tom Holland… Cela dit, l’ensemble présente très bien et promet de l’action nerveuse.
Né la même année que le blockbuster, enfant dans les années 80, j'ai vécu l'émergence des jeux vidéo et des jeux de rôles en France, des divertissements qui ont façonné ma vie et ma carrière professionnelle. S'ajoute à cela un goût prononcé pour le cinéma, la littérature et la bande dessinée (BD franco-belge, mangas, comics). Pendant 25 ans, de 2000 à 2025, j'ai été journaliste et rédacteur en chef dans l'audiovisuel, ayant la charge d'émissions diverses et ayant produit des contenus variés pour les chaînes de télévision Game One, J-One et Paramount.
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