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Dune : Les jeux vidéo

Il faut attendre 1992 pour voir apparaître les premières tentatives d’adaptation de Dune en jeu vidéo. Et 1992 est une année faste en la matière, puisque deux titres sortent cette même année. En mai arrivent Dune, réalisé par le studio Cryo, qui remporte un succès remarquable. Quelques mois après paraît Dune II, conçu par Westwood Studios. Les deux productions feront chacune école dans leur genre.

Les anciens : Dune et Dune II

Le premier jeu vidéo Dune est le rêve d’un homme : Martin Alper, le président de Virgin Games, qui tente depuis 1988 de réaliser une adaptation vidéoludique du film de David Lynch. Et la réalisation du titre tient à un autre homme, un créateur génial, un pionneur des jeux vidéo : Philippe Ulrich, le fondateur de Cryo Interactive, à qui l’on doit le cultissime L’Arche du Captain Blood.

Si l’on en croit même l’anecdote, retranscrite dans le livre Bâtisseurs de rêves de Daniel Ichbiah, Philippe Ulrich voit même le projet comme un signe du destin. Voici la citation du passage : « Il y a là un signe ! J’ai acheté mon premier ordinateur dans une boutique qui s’appelait Dune… à Las Vegas, mes programmeurs et moi-même sommes tous descendus dans l’hôtel Dune. A Londres, Didier Bouchon s’est acheté une bague avec un œil bleu… Dune est un retour aux sources ! Il me paraît évident que nous allons réaliser ce titre. » (Bâtisseurs de rêves, page 225).

Le projet aboutit en 1992 à un jeu d’aventure et de stratégie qui marquera les esprits. L’histoire s’inspire librement des romans et du film de Lynch. On reconnait d’ailleurs l’acteur Kyle McLachlan, qui incarne Paul, et l’actrice Francesca Annis, qui joue sa mère, Jessica. Des extraits du film sont même intégrés. Pour le reste, la direction artistique se détache du long-métrage mais parvient à distiller ce qu’il faut d’onirisme et d’étrangeté à l’atmosphère.

On incarne Paul Atréides, qui doit explorer Arrakis et découvrir son peuple, gérer la production d’Epice, vaincre militairement les Harkonnens, et offrir un avenir à la planète de sable. L’expérience se présentant donc comme un mélange inédit à l’époque d’aventure, de gestion et de stratégie, avec des facteurs économiques et militaires à prendre en compte. L’ensemble est fascinant et laisse des souvenirs impérissables de musiques envoûtantes, planantes, de déplacements en ornithoptère, ou à dos de ver, hypnotiques, telle une rêverie à travers le désert.

En parallèle du premier Dune, Virgin Games a confié un autre projet d’adaptation à un studio qu’il vient de racheter : Westwood. Nous ne nous attarderons pas ici sur les raisons (politiques et internes) qui ont mené à l’élaboration de ce jeu concurrent, qui s’intitulera finalement Dune II : d’autres l’ont expliqué mieux que nous ne le ferions, notamment Daniel Ichbiah dans son livre Bâtisseurs de rêves, précédemment cité. D’autres documentations sur la question peuvent aujourd’hui être trouvées sur Internet.

Westwood Studios a pour mission de développer un jeu de stratégie. Avec Dune II, le studio va faire bien mieux que cela. Il va tout simplement être à l’origine d’une révolution en créant le premier RTS de l’histoire des jeux vidéo. C’est simple, Dune II est le premier jeu de stratégie en temps réel à mettre en place les mécanismes du genre : usage de la souris, gestion des ressources et des bâtiments pour avoir une armée.

Visuellement, le jeu s’inspire librement du film de David Lynch et n’adapte aucunement les romans de Frank Herbert. L’esthétique 2D est bien travaillée pour l’époque. Les musiques sont mémorables, variant les tonalités, entraînantes et pesantes, claires et sombres, mystérieuses parfois.

Passés son aspect révolutionnaire et sa dimension musicale, Dune II est un jeu de stratégie lent, qui n’autorise que le déplacement d’une unité à la fois ! L’ensemble reste simple et finalement daté.

Toutefois, le titre sera remaké une première fois en 1998 sous le nom de Dune 2000 : les graphismes sont retravaillés, des cinématiques live sont intégrées à cette occasion, et le gameplay se rapproche d’un Command & Conquer, avec la possibilité de déplacer plus d’une unité à la fois. En 2001 parait un nouveau remake, s’intitulant cette fois Empereur : Bataille pour Dune. Puis on voit le titre apparaître sur navigateur web en 2013.

A l’heure actuelle, il existe une version remastered réalisée par des fans, sortie en 2021, et qui s’appelle Dune II – The Maker. Il est disponible en téléchargement à cette adresse :

Dune et Dune II sont les adaptations légendaires de l’univers de Frank Herbert à une époque ancienne. Après eux, il faudra attendre une vingtaine d’années et la modernité pour voir de nouvelles tentatives dans le genre. On relèvera toutefois l’existence, entre deux, d’un Frank Herbert’s Dune, sorti en 2001 : un jeu d’action et d’aventure en 3D inspiré de la série télé et qui s’avère très moyen.

Dune de nos jours

La sortie du film de Denis Villeneuve en 2021 a relancé l’intérêt pour Dune. Dès lors, le petit monde du divertissement est en ébullition : les productions ludiques se multiplient. A commencer par les jeux vidéo. Deux titres majeurs vont voir le jour, dans des genres différents, chacun permettant ainsi d’explorer Arrakis à sa manière.

Dune : Spice Wars

Le studio français Shiro Games sort en 2022 Dune : Spice Wars, un excellent jeu 4X. La formule repose donc sur un mélange de stratégie en temps réel et de gestion, avec pour résultat une expérience qui se situe entre un Civilization et un Starcraft.

Exploration, expansion, exploitation et extermination sont logiquement au cœur de l’aventure, avec pour objectif la conquête d’Arrakis et le contrôle de sa précieuse Epice. A la tête évidemment d’une des sept factions disponibles ; mais pas forcément celles que vous imaginez. Ainsi les développeurs ont-ils choisi de proposer classiquement les Atréides, les Harkonnens, les Fremen, la Maison Corrino (l’Empereur), mais également, et étonnamment, les Contrebandiers, la Maison Ecaz – alliée des Atréides – et enfin la Maison Vernius d’Ix – apparue dans les romans de Brian Herbert et Kevin J. Anderson.

C’est que Dune : Spice Wars a le bon goût de puiser son inspiration à la source première de Dune : la littérature. Le jeu reflète une vraie passion pour l’univers créé par Frank Herbert. La direction artistique, originale, prouve combien le titre de Shiro Games souhaite offrir une vision de l’œuvre, tout en respectant son ambiance.

Pour revenir au gameplay, il faut encore savoir que plusieurs voies mènent à la victoire. Il est possible de gagner la partie de manière hégémonique, économique, politique ou par domination militaire. Chaque voie étant plus ou moins aisée, chaque facteur s’équilibrant et le choix de la faction et de ses conseillers restant déterminant dans l’approche de la stratégie.

D’autres mécaniques de jeu sont à maîtriser. Sur Dune, chaque faction possède une cité ou un sietch, à défendre pour éviter la défaite. Gérer les places fortes, construire des bâtiments, octroient des bonus. Le développement des technologies est également essentiel à la progression. Enfin, la récolte de l’Epice est évidemment cruciale pour gagner en influence politique et s’enrichir en Solari, la monnaie courante. Attention toutefois aux vers des sables !

Au final, Dune : Spice Wars est un jeu de stratégie complexe, répétitif une fois sa maîtrise atteinte, mais très staisfaisant pour tout fan de l’univers de Frank Herbert. A noter qu’il est jouable en solo et en multi.

Dune : Awakening

Depuis 2025, il est possible de parcourir Arrakis d’une autre manière, un peu plus mouvementée, avec Dune : Awakening. Un MMO mêlée de survie que l’on doit à Funcom, studio qui s’est déjà distingué dans le genre avec l’excellent Conan Exiles.

L’histoire alternative vous entraîne à la recherche des Fremens. De prisonnier, vous allez devenir agent des Atréides ou des Harkonnens. L’aventure propose une formule très classique d’exploration, de combats, au corps-à-corps et à distance et de crafting. Avec pour objectif, donc, de survivre.

La proposition est séduisante et totalement cohérente avec l’univers : après tout, la planète des sables est un lieu hostile. Ainsi l’expérience repose sur plusieurs mécaniques de survie intéressantes.

L’eau et la chaleur sont des facteurs à prendre en considération. Les températures sont désertiques et le cycle jour/nuit, impitoyable. La  journée, il faut se protéger du soleil, chercher un abri. En cas d’insolation, la réserve d’eau diminue vite. Au fil des heures, l’ombre se déplace, les refuges changent de place. La nuit apporte d’autres menaces : les vaisseaux sardaukars fouillent le désert.

Un autre péril provient des tempêtes de sable. Il y en a des normales, qui obligent à trouver un abri, pour éviter des dégâts. Et il y a les tempêtes Coriolis : sur certaines cartes, elles vont dévaster le terrain et changer le paysage. Une façon astucieuse de renouveler l’exploration.

L’ultime danger dans le désert est incarné par les vers des sables. Lors des déplacements à pied, il est nécessaire d’être attentif au rythme de sa marche, il faut surveiller les vibrations. La récolte de l’Epice, elle, provoque toujours l’arrivée d’un ver. Ce qui créé une boucle de gameplay originale.

Concernant l’Epice, elle se retrouve évidemment au centre des conflits entre joueurs, puisqu’elle sert de monnaie, pour payer ses taxes à l’Empereur. S’exposer à la substance provoquent aussi des effets qui modifient l’expérience de jeu.

Dune : Awakening est une expérience riche, variée et qui séduit par son ambiance. La direction artistique ne se refusant aucune source d’inspirations. Ainsi ce sont autant les livres que les films, les séries, jusqu’aux idées de d’Alejandro Jodorowsky, qui permettent de recréer sous une forme ludique savoureuse cet univers fascinant de Dune.

Alexis Deville Cavellin

Né la même année que le blockbuster, enfant dans les années 80, j'ai vécu l'émergence des jeux vidéo et des jeux de rôles en France, des divertissements qui ont façonné ma vie et ma carrière professionnelle. S'ajoute à cela un goût prononcé pour le cinéma, la littérature et la bande dessinée (BD franco-belge, mangas, comics). Pendant 25 ans, de 2000 à 2025, j'ai été journaliste et rédacteur en chef dans l'audiovisuel, ayant la charge d'émissions diverses et ayant produit des contenus variés pour les chaînes de télévision Game One, J-One et Paramount.

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