
Bloodstar : un récit crépusculaire et barbare
Parue à l’origine en 1975, Bloodstar est la libre adaptation de la nouvelle La Vallée du Ver, de Robert E. Howard, par le dessinateur et scénariste Richard Corben. L’œuvre a le droit à une première version française, qui voit le jour en 1981 chez Les Humanoïdes Associés. Après quoi, elle ne sera plus rééditée pendant des décennies. Il faudra attendre 2022, soit plus de 40 ans après son apparition en France, pour que Bloodstar ressurgisse dans notre pays, sous la forme d’un magnifique album aux éditions Délirium.
Bloodstar, c’est la rencontre de deux immenses artistes, à des années d’écart, œuvrant dans deux domaines artistiques, mais qui partagent une même sensibilité et une formidable puissance d’évocation.
A la verve et au style viscéral de Robert E. Howard répond parfaitement l’écriture serrée et la créativité graphique de Richard Corben.
Ce dernier s’empare d’une histoire secondaire dans la bibliographie du créateur de Conan et la remodèle selon ses vues, sans jamais toutefois en trahir l’essence.
Bloodstar raconte l’épopée du personnage du même nom, guerrier d’une terre redevenue primitive, rejeté par sa tribu et parti écrire sa légende en lettres de sang dans des contrées impitoyables, jusqu’à cette fameuse vallée maudite où se jouera son destin.
Le récit s’ouvre sur un prologue original – une fable cosmique – inexistant dans la nouvelle de base mais de bon ton. Le nom du héros est modifié : James Allison est rebaptisé ici Bloodstar. De même, les enjeux dramatiques sont transposés dans un décor post-apocalyptique, là où la nouvelle est une plongée dans le passé, à travers la réminiscence de ses vies antérieures par le héros.
Toutes les intentions majeures du récit de Robert E. Howard sont cependant respectées. L’ambiance sauvage de régions et de peuples barbares, de créatures primitives, et d’histoires fantastiques, est notamment capturée avec maestria.
Ce qui fait probablement de Bloodstar l’une des meilleures transpositions de l’imaginaire de Robert E. Howard; sans compter que c’est aussi l’un des projets graphiques les plus saisissants de Richard Corben.
Bloodstar, c’est une histoire tragique, violente, celle d’un amour passionné en proie à la fureur d’un monde féroce et d’une nature implacable, celle aussi d’une quête personnelle face aux forces titanesques, chaotiques, cosmiques…
Pour représenter cette aventure incroyable, ce spectacle grandiose, on peut évidemment compter sur le style graphique si particulier de Richard Corben.
Ce véritable maître du fantastique underground, connu pour ses couleurs vives, rappelle ici qu’il sait tout aussi bien manier le noir et blanc. Son réalisme étrange, fait de paysages fascinants, souvent crépusculaires, et de visages marquants, troublants, font de ses planches un miroir terrifiant de l’âme humaine et des splendeurs décadentes d’un cosmos qui nous dépasse. A cela s’ajoutent des scènes d’action nerveuses, d’une efficacité redoutable, où les corps se mêlent en une danse macabre fulgurante.
La barbarie selon Corben, qui s’appuie sur la philosophie de Robert E. Howard : tel est Bloodstar. C’est furieux, sanglant et forcément trépidant.
Et cerise sur le gâteau : la BD est préfacée par François Truchaud, le grande promoteur de l’œuvre de Robert E. Howard en France, dans les années 80.
Né la même année que le blockbuster, enfant dans les années 80, j'ai vécu l'émergence des jeux vidéo et des jeux de rôles en France, des divertissements qui ont façonné ma vie et ma carrière professionnelle. S'ajoute à cela un goût prononcé pour le cinéma, la littérature et la bande dessinée (BD franco-belge, mangas, comics). Pendant 25 ans, de 2000 à 2025, j'ai été journaliste et rédacteur en chef dans l'audiovisuel, ayant la charge d'émissions diverses et ayant produit des contenus variés pour les chaînes de télévision Game One, J-One et Paramount.
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