Comme à l’accoutumée depuis ces dernières années, on doit cette publication au travail de l’immense Patrice Louinet. Le spécialiste français de Robert E. Howard, et son traducteur moderne, continue de nous faire découvrir l’œuvre complète du créateur de Conan. L’écrivain texan est également l’auteur de nombreuses autres figures littéraires pittoresques, qui traversent des récits tout aussi palpitants que celui du barbare cimmérien.
La preuve donc avec ce récit qui subjugue, Les Vautours de Wahpeton.
C’est simple, rarement un texte de cet auteur viscéral n’aura été aussi enragé. Qu’on nous comprenne bien. L’œuvre de Robert E. Howard abonde en récits pleins de bruit et de fureur, aux ambiances électriques. Mais ici, on atteint des sommets de violence et de tension dramatique.
C’est brutal, féroce. La centaine de pages est comme une fulgurance ; on fait face à un déchaînement de passions qui enflamme l’imagination.
L’histoire file à cent à l’heure, elle est pétrie de rebondissements et de scènes exaltantes.
C’est une nouvelle coup de poing. Mieux : un récit qui fuse comme une balle parfaitement calibrée, tirée en un éclair, et qui vise juste ; qui touche exactement là où il faut : l’esprit qui rêve d’aventures plus grandes que nature ; et le cœur succombe avec joie !
Une balle qui fuse… L’expression peut paraître exagérée, elle l’est sans doute un peu ; mais elle a le mérite de placer le décor.
Les Vautours de Wahpeton est un western. Un western sauvage, sans concession, dans une atmosphère de paranoïa. On y suit un pistolero dans une ville primitive de la ruée vers l’or. Il y est question de bandits, de trésor, de coups fourrés, de traîtrises, de duels, le tout saupoudré d’une petite romance ; c’est un jeu de dupes et à la fin, celui qui gagne, c’est évidemment le destin, comme une révélation.
De ce chaos finalement bien ordonné par son immense talent de narrateur, Robert E. Howard tire une nouvelle qui synthétise toute sa philosophie, sa vision du monde. Le barbarisme, un certain code d’honneur malgré la brutalité du monde, une envie de vivre viscérale malgré des constats assez pessimistes. Le personnage principal, Corcoran, c’est Conan en pistolero. On peut aisément avoir cette impression.
Ce qui est incroyable et donc succulent, c’est la puissance d’évocation de cette aventure. Robert E. Howard a un style cinématographique et cette nouvelle en est la preuve flagrante. On n’a aucun mal à imaginer les scènes et on les voit aisément transposées sur grand écran. Du reste, il est évident qu’à la lecture, on ne peut s’empêcher d’imaginer les westerns de Sergio Leone, de Sam Peckinpah. Et Robert E. Howard écrit en 1934 ! Il est donc un précurseur, un visionnaire ; il est en avance ! La modernité du style lui offre également cette possibilité.
Les Vautours de Wahpeton est une nouvelle mémorable. Mérite-t-elle toutefois tant d’éloges ? Certainement. On aurait tort de la dédaigner sous prétexte qu’elle n’est qu’un pulp et de surcroît un western. Qu’on nous permette d’invoquer une dernière fois Patrice Louinet pour s’en convaincre. Dans son guide sur Howard, il fait figurer Les Vautours de Wahpeton au rang des vingt nouvelles qu’il faut avoir lues. Le récit s’inspire de faits réels et il sublime, il domine, le genre du pulp de western.