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James Bond de 1983-1993

Né sous la plume de l’écrivain britannique Ian Flemming, qui l’introduit  en 1954 dans la nouvelle Casino Royale, immortalisé au cinéma par un Sean Connery impérial dans le rôle dès le premier film, Dr No, en 1962, James Bond va vite s’imposer dans l’imaginaire populaire et y rester ancré jusqu’à nos jours. Cependant, il faut attendre les années 80 pour que l’espion le plus célèbre de la planète arrive dans le domaine du jeu vidéo.

1983 – 1993 : Une décennie d’expérimentations

Il y a un avant et un après GoldenEye. Ce dernier jeu fondera tous les codes modernes d’une adaptation réussie et populaire de la franchise. Pour en arriver là, il faudra toutefois quelques années. Retour sur les premiers pas de James Bond dans le jeu vidéo qui ont mené à l’édification de son mythe vidéoludique.

Premiers tours de pistes : l’arcade pour terrain (branlant) de jeu

C’est donc en 1983 que l’agent britannique s’aventure officiellement dans le domaine du jeu vidéo, avec une première incursion sobrement intitulée James Bond 007… Le titre de la compagnie Parker Brothers sort sur Atari 2600, Atari 5200, Colecovision, Sega SG-1000, Atari 400/800/XE/XL et Commodore 64. Il s’inspire librement de quatre films : Les diamants sont éternels, L’espion qui m’aimait, Moonraker et Rien que pour vos yeux ; lesquels constituent autant de niveaux d’un jeu à l’ancienne très basique, maladroit, sans glamour et qui n’est pas excitant, mais plutôt énervant.

Ici, nulle histoire d’espionnage palpitante, juste de la conduite à défilement horizontal éprouvante et du tir hasardeux. Vous êtes aux commandes d’une voiture supposée évoquer la Lotus que conduit Roger Moore dans certains de ses films : elle peut évoluer sur terre, sous l’eau et dans le ciel.

L’anecdote à retenir, c’est que le nom du méchant dans l’épisode Les diamants sont éternels  a été modifié, sans doute pour des problèmes de droits sur celui de Blofeld. Les concepteurs choisissent alors d’introduire comme nemesis de Bond un certain Serrafimo. Une hérésie ? Et non ! Car Serrafimo est bien l’un des truands de la nouvelle originale de Ian Flemming.

En 1985, le studio Domark publie A View to a Kill, adaptation du film du même nom – Dangereusement Vôtre en français. Sur Amstrad CPC, Commodore 64, MSX, Oric et ZX Spectrum, le titre se distingue par une volonté de mise en scène inédite : il reproduit fidèlement, plan par plan, la séquence d’ouverture emblématique des films – le fameux gun barrel. Malgré une ambition narrative réelle, ce jeu d’action/aventure souffre de défauts techniques majeurs. Le premier niveau est notamment basé sur de la conduite – encore ! Et la voiture peu maniable se pilote laborieusement. Enfin, la réalisation dans son ensemble est sommaire et empêche une réelle immersion.

La tentation du texte : la cohérence littéraire, l’absence de sophistication visuelle

Parallèlement à l’arcade, une autre voie a été explorée : celle du jeu d’aventure textuel. La version Apple II / DOS de A View to a Kill  et James Bond 007 : Goldfinger en sont les représentants. Le premier sort en 1985 ; le second, en 1986.Ici, le gameplay repose sur la saisie de commandes (phrases) pour déclencher l’action : se déplacer, chercher, etc.  

Cette approche textuelle est très appréciable : elle est évidemment cohérente avec l’origine littéraire de James Bond et assure une grande fidélité à l’œuvre. Toutefois, il y a une contrainte et elle est de taille pour les français de l’époque : le jeu est en anglais. Sans une maîtrise de la langue de Shakespeare, les énigmes deviennent compliquées, voire impossibles à résoudre.

Pointer et cliquer : Un Bond élégant et cinématique, au charme rétro

Faisons un petit bond de côté et dans le temps pour aborder le sujet d’un premier grand Bond. C’est en 1990 que parait James Bond 007 : The Stealth Affair, un jeu d’aventure « pointer et cliquer ». Un genre issu justement des jeux textuels et qui connait ses premières heures de gloire, porté par les excellentes productions de LucasArts en la matière. 007 épouse les codes de la catégorie avec un certain brio : l’expérience est concluante.

Côté scénario, on est dans les canons classiques de l’espionnage : le prototype d’un avion furtif ultrasecret, le Stealth, qui donne  donc son titre au jeu, a été volé à l’U.S Air Force. James Bond doit mener l’enquête pour résoudre une affaire qui semble impliquer une dictature sud-américaine, le KGB et une obscure organisation criminelle.

Graphiquement, le titre a tout pour séduire les amateurs et amatrices de retrogaming et du pixel art. Et passée même cette considération, il en affiche encore aisément. Profitant à l’époque du système « Cinématique » du studio français Delphine Software, la réalisation est fluide et soignée. Le jeu comporte de jolies animations, des énigmes à base d’interaction, quelques phases d’action, le tout étant saupoudré d’humour.

C’est qu’à l’origine du projet, on trouve le créateur français Paul Cuisset, grand fan de James Bond, et qui veut en livrer une version décalée. En Europe, le jeu s’appelle Operation Stealth et son héros se nomme John Glames. Mais ironiquement, la version américaine s’intitule bien James Bond 007 : The Stealth Affair, puisque son éditeur, Interplay, possède les droits sur la franchise.

Alors, trahison ? Opération Marketing ? Non. On est bien dans l’univers, à défaut d’être dans une adaptation stricto sensu. Cependant, incarner James Bond avec cette touche de second degré nécessite de jouer en anglais avec la version U.S.

Fin des années 80, début des années 90 : action brute et curiosités en marge

Revenons un peu en arrière. Plus précisément à la fin des années 80 et aux débuts des années 90. C’est l’époque où Timothy Dalton incarne un James Bond précurseur au cinéma, dans des films à l’élégance brutale qui prépare l’ère de Daniel Craig.

Du côté des jeux vidéo, le jugement est plus mitigé. La période voit naître des titres orientés vers l’action, avec des résultats inégaux.

En 1987, The Living Daylights, basé sur le premier film avec Timothy Dalton, propose de l’action et du tir. L’expérience est confuse et les graphismes peu lisibles.

De son côté, Live and Let Die, sorti en 1988, s’inspire vaguement du film de 1973 avec Roger Moore. Il ne retient que la séquence de course-poursuite en bateau et l’expérience se résume à cela : du pilotage de bateau qui n’a plus rien à voir avec l’essence de la saga.

The Spy Who Loved Me ne fera guère mieux en 1990, en choisissant de se concentrer sur la conduite de la Lotus.

Toujours un peu plus en marge, que dire de James Bond Jr en 1992 ? Adaptation de la série d’animation qui voit le neveu de James Bond combattre les méchants, le jeu vidéo sorti sur NES et SNES reste une étrangeté qui ne marquera pas les mémoires.

Enfin, on peut réellement  oublier cette curiosité qu’est Lord of Bromley’s Estate un jeu de tir rudimentaire qui utilise le nom de Bond sans vraiment offrir d’expérience digne de l’univers de l’espion.

Le cycle des premières tentatives de transposition vidéoludique de l’univers de James Bond se conclue en 1993 avec James Bond : The Duel, une adaptation classique sur Sega Genesis, mêlant action et plateforme, qui souffre d’une maniabilité rigide. Une nouvelle fois, l’essai s’avère peu concluant. Dommage – encore ! – pour Timothy Dalton, qu’on incarnait ici.

Le temps est à présent venu pour une référence de surgir : GoldenEye.

Un héritage de pionniers

En regardant rétrospectivement ces dix années, on réalise que l’échec ou le succès de ces titres importait finalement moins que la tentative elle-même. Ces jeux n’étaient pas seulement des produits dérivés, mais des tentatives, parfois maladroites, de transposer le mythe James Bond sur nos petits écrans de pixels. Ils témoignent d’une époque où, malgré les limites techniques, l’industrie essayait de faire dialoguer le cinéma, un art déjà bien codifié, avec le jeu vidéo, medium tout juste naissant.

Alexis Deville Cavellin

Né la même année que le blockbuster, enfant dans les années 80, j'ai vécu l'émergence des jeux vidéo et des jeux de rôles en France, des divertissements qui ont façonné ma vie et ma carrière professionnelle. S'ajoute à cela un goût prononcé pour le cinéma, la littérature et la bande dessinée (BD franco-belge, mangas, comics). Pendant 25 ans, de 2000 à 2025, j'ai été journaliste et rédacteur en chef dans l'audiovisuel, ayant la charge d'émissions diverses et ayant produit des contenus variés pour les chaînes de télévision Game One, J-One et Paramount.

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